Concept de Dina ou convention populaire de justice – Chronique d’une escalade sans fin – La gazette de la grande île du 2 mars 2019

Le concept de Dina, convention populaire qui consiste à donner justice soi-même par l’entremise des notabilités locales et sous l’appui agissant de quelques autorités civiles et militaires sans passer par le circuit habituel d’une plainte déposée au tribunal pour un quelconque jugement, n’est plus à présenter. C’est une pratique que plus d’un, au niveau du monde rural, tentent de parfaire, autant que faire se peut…,en espérant que chacun y trouve son compte, du moins,  apporte un modem qui sied à une sécurisation, pour le moment, autocentrée.

Dina Menavozo (à la gorge rouge) où les têtes tombent; Dinan’ ny Mpihary ( de l’éleveur) ou Dinabe  (grandiose) tout court… de la contrée reculée de Betioky Sud, Sakaraha, Fiherena.

En veux-tu? En voilà de nouvelles formes de justice populaire qui rendent des verdicts au pif et à la convenance de l’assemblée. Dans une juridiction digne de ce nom le spectacle est tout simplement renversant, un pied de nez à l’entendement du magistrat. Bienfait de la culture et des différences oblige, le Dina a pour autant la vie dure. Cependant, des faits marquants ne laissent présager rien de bon sur la pratique de cette culture bien malagasy.

Vision du ministre de la justice sur le sujet ? Une pensée qui se veut spécieux a priori ne voulant heurter en aucun cas l’amour-propre du Malgache profondément enraciné dans les valeurs ancestrales.

Types de règlements

Ainsi pour Jacques Randrianasolo, le Dina participe au titre d’« une résurgence du manque de confiance du peuple envers l’appareil judiciaire ». Dans la pratique, cela se traduit par la déliquescence de ce que le milieu averti entend par Etat de droit. Une justice de fortune supplée. Résultats: on fait grand cas de la naissance d’une pléthore de ces dites conventions.

Ce que disant, le vol…par exemple de bovidés ou tout autre article, a occasionné  plusieurs types de règlements différents d’une localité à un autre. Le grand danger. Le verdict des Dîna dépasse l’entendement dans un Etat qui se veut respectueux des droits humains.  Ainsi, on parlera des exécutions sommaires, ce que les psychologues appellent une psychologie de la foule. Un médecin, un enseignant voire un mécanicien ou une femme peuvent se trouver dans la marée…humaine, c’est cette dernière qui les mènera à pendre haut et court le malencontreux coupable de vol. C’est un phénomène de société.

Ces dernières années, on ne fait plus état des Dîna mais bien plus, des justices populaires. Encore une autre forme de procès. C’est une dernière trouvaille est maintes fois impulsée par un petit groupe d’éléments turbulents. La justice se rend sur le vif, en recourant à la manière forte. Soit des coups de pieds, de bottes, de fouets. L’instant se termine toujours par le drame, la mort de la victime de la foule. Les justiciers rivalisent d’ingéniosité et de cruauté pour dissuader les récidives. Est-ce désormais l’unique moyen d’expression d’un peuple ou l’expression avérée d’un fruste entendement face à la défaillance de son milieu ?

Lécher la lame

Une autre forme de violence tirée de pareilles exactions populaires est l’immobilisation de l’individu. Celui-ci est phagocyté comme un saucisson. Ensuite, on prend soin de le placer à la partie vide d’un pneu, en lieu et place de la jante. Il sera par la suite brûlé pour assouvir l’appétit de vengeance de la foule.

Un colonel de la gendarmerie nationale (dont nous taisons le nom) qui aurait ramené le calme dans l’ex-préfecture de Fort Dauphin use de même artifice. On parle ici d’un jeune de 14 ans qu’il aurait capturé en plein délit de vol. Il a pris  soin de lécher la lame de son couteau après l’avoir insérer dans le coup de sa victime. Le procédé aurait dissuadé les voleurs de bovidés dans le ressort territorial d’Amboasary Sud.  Les hommes en uniformes se plaisent à colporter cette nouvelle à l’instar des fameux skudes lancés sur Saddam Hussein fumeuse “opération Tempête du Désert » en 1991. Les critiques diront que la comparaison est tirée par les cheveux. Nos militaires toutefois se cachent derrière les dispositions de la loi fondamentale pour perpétrer leurs actes. Comme si on était en temps de guerre donc.

Que dire désormais de tout ce maelstrom sur le volet sécuritaire ?

En revenant aux préoccupations citadines,  les justiciers populaires se sont finalement faits un nom. Longtemps ils se gargarisent de la défaillance du système de l’appareil judiciaire qui est tenu pour corrompu. L’administration a la manie de perdre un procès plutôt que prévu si elle ne relâche pas purement les prévenus, comme on dit à la sauce BDD (Bénéfice du Doute).

Nos éléments zélés prennent les devants plutôt que de se plier à ce qu’ils appellent une triste issue. C’est cette justice récurrente et galvaudée  qui écume nos rues.

L’ancien régime Rajaonarimampianina a essayé d’y suppléer. Vainement d’ailleurs car les dahalos miova fo (bandits reconvertis) ne l’auront été que pour récupérer les mannes des 3 milliards d’Ariary que le gouvernement Kolo Roger aura mise en tête d’offrir comme dans les films western.  Ces derniers récidiveront contre toute attente. Les analystes concluent que c’était plutôt pour masquer les dérives génocidaires de l’armée et de son bouillant colonel que tout ce remue-ménage a été orchestré.

Dina difficile à vivre

L’Église Catholique Romane serait la première à Madagascar à mettre le doigt sur pareilles exactions. Faut-il en pleurer? Cette institution morale se scandalise aujourd’hui du meurtre d’un prêtre, violenté et passé à tabac. Rien ne va plus sur le volet sécuritaire. Faudrait-il que le nouveau régime Rajoelina fasse quelque chose ? En tous les cas, la situation sécuritaire à Madagascar  n’a rien à voir avec le contexte des premiers hommes d’église où l’on n’hésitait pas à sacrifier quelques chrétiens. De bonnes mesures peuvent être prises.

En revenant par exemple sur les Dina et les exécutions sommaires, il faudrait mettre un terme à cette justice inopérante qui peine à trouver les bers sur lesquels roulera le train des réformes. Le ministre de la Justice Jacques est confiant. Il figure parmi ceux qui réclament une indépendance des hommes de robe. Connu pour être un personnage clé aujourd’hui (ministre de la justice), , Jacques Randrianasolo a gravi tous les échelons en commençant par le poste de greffier, magistrat, président de Cour, Juridiction, Directeur de Contrôle,  Substitut, Procureur.  Le cursus du bonhomme est à son image même. Beloha ou grosse tête disent les proches, soit 46 ans de métier. Sa mission dans le régime naissant de Rajoelina est de redorer le blason de la justice et de mettre en place l’Etat de droit.

Beloha vient de réunir en conclave le Conseil Supérieur de la Magistrature. Il vient de mettre sous les verrous trois gros poissons connus pour malversations financières. Il prévoit, entre autres, des mesures drastiques en vue d’asseoir une meilleure image de la justice malgache.

C’est à Ihosy que Jacques Randrianasolo a eu affaire avec les Dina. Il était alors en poste dans cette juridiction. Une colonne de 2000 personnes est venue de Vaingaindrano, Manakara pour forcer le tribunal à rendre un prévenu.

Alerté au départ de cette percée massive, Beloha a pris sur lui d’en arrêter les meneurs. Sa décision a stoppé net le mouvement grâce au concours des éléments des forces de l’ordre. Le ministre ne réjouit pas outre mesure devant la gravité de la situation.’ “C’était moins un” comme il se plaît à le dire.

Le ministre de la justice Jacques Randrianasolo pense qu’il faut prendre les problèmes des Dina très au sérieux. De véritables phénomènes de société qu’il faut plus que jamais maîtriser.

Selon Beloha, c’est souventes fois facile à dire, raconter mais difficile à vivre!

Ampingaratse