Interview exclusive d’Houcine Arfa (HA), par l’envoyé spécial de La Gazette de la Grande Ile à Paris – la gazette de la grande ile du 5 mai 2018

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LGDI : Quel est votre point de vue sur la conjoncture à Madagascar ?

HA : Les malgaches souffrent et il est malheureux de voir le chaos dans lequel la nation est plongée. La trajectoire économique de Madagascar est très dramatique. Elle se caractérise par une récession quasi continue du niveau de vie de la population depuis l’Indépendance ! Sur le plan sociologique, la société malgache est discriminante. Entre eux, les malgaches se rejettent sans comprendre que les droits de l’homme constituent un tout indivisible reflétant l’unité et l’unicité de l’être humain. La discrimination est un choc des cultures pour les uns et une arme politique pour les autres. Certains présidents sans âme s’en servent depuis plusieurs d’années. Attention au réveil des régionalismes qui conduirait à un regain de tensions inter-ethniques (Merina/Côtiers), intra-ethniques (Andriana/Hova/Andevo),extra-ethniques (Malgaches/français/indo-pakistanais/chinois) et très souvent intra familiales. Les multinationales et certains Karanas dépouillent l’ile de ses richesses… Malheureusement, la xénophobie est une maladie sans frontières. De trop nombreux partis politiques pensent uniquement à leurs avantages ainsi que ceux de leurs amis alors que les salaires des malgaches sont l’un des plus bas au monde. L’Éthiopie, le Rwanda, Tanzanie, la Côte d’Ivoire et le Sénégal figurent désormais parmi les économies les plus performantes de la région tandis que Madagascar regarde le train de l’économie filer depuis plusieurs décennies. Malheureusement, Madagascar est un pays en devenir et il le restera, dixit le Général de Gaulle ! On assiste depuis plusieurs années à un état quémandeur (plus de 70% des recettes du budget de l’Etat dépendent de l’extérieur depuis plusieurs années) et à chaque grosse donation plus de la moitié des biens disparaissent et l’autre moitié est très mal exploitée. Puis vient une détérioration inévitable par manque de pièces de rechanges. Peuple malgache, rappelez-vous des dotations de véhicules pour le Sommet de la Francophonie.  Où sont-elles ? Allez visiter les sous-sols du Palais de Iavoloha, vous trouverez des dizaines de voitures et 4×4 entreposés pour qui sont-elles cachées ?

LGDI : Selon vous, le désordre actuel était-il prévisible ?

HA : Oui, bien sûr ! La situation est irréversible pour Hery Rajaonarimampianina, surtout depuis ce jour dramatique du 21 avril 2018. Le gouvernement actuel n’a aucune volonté politique de reculer la pauvreté, de promouvoir le développement ni d’assurer la sécurité de la population. Il n’a aucun respect des Droits de l’Homme. La classe dirigeante actuelle utilise la politique et l’économie  à des fins privées. Les conseillers spéciaux autour du président ainsi que la première dame sont des spécialistes en abus de pouvoir, en corruption et en escroqueries en tout genre.

LGDI : En votre qualité d’ancien conseiller à la sécurité du Président de la République de Madagascar, pouvez-vous nous dire si les tirs à balles réelles sur les manifestants étaient justifiés, lors des affrontements du samedi 21 avril 2018 à Analakely ?

HA : Bien évidemment que non ! C’est le signe d’un dérapage et d’une incroyable méconnaissance car la liberté de manifester est un droit consacré par la Constitution. Il est difficile de croire qu’il s’agissait d’une menace imminente pour la vie des policiers et gendarmes équipés. Les conditions de la légitime défense n’étaient pas réunies. Le recours à la force est encadré par deux notions : l’absolue nécessité de son emploi et la proportionnalité dans le cadre d’une « stratégie de la tension ». Le maintien de l’ordre est par essence complexe : le but n’est évidemment pas de causer de blessés graves voire de décès parmi la foule. Ce qui est trop souvent le cas à Madagascar par manque d’entraînement pour les unités d’intervention et d’un manque de savoir du commandement pour les gradés. Dans le cadre de la manifestation du 21 avril, il aurait fallu recourir à un emploi graduel de la force. Je rappelle à ceux qui le savent déjà… que le maintien de l’ordre repose sur une doctrine d’encadrement de la liberté de manifestation et sur la mise en œuvre de forces de l’ordre professionnalisées, formées et surentraînées.

•                  emploi de la force au sens strict (force physique seule)

•                  emploi de la force avec des moyens intermédiaires (bâtons de police, moyens    lacrymogènes à main, engin lanceurs d’eau)

•                  emploi de la force armée dans le cadre de sommations (armes de force intermédiaire, grenades lacrymogènes instantanées [GLI], grenades à main de encerclement [DMP], grenades lacrymogènes propulsées au moyen du lanceur

•                  emploi de la force armée dans un cadre de réaction (moyens cités supra et lanceur de balle en caoutchouc dur de défense 40 mm).

L’usage de balles réelles par l’armée malgache est au cœur des interrogations de la communauté internationale et des organisations de défense des droits humains.

LGDI : Des rumeurs circulent selon lesquelles de hautes personnalités malgaches travailleraient en étroite collaboration avec des mercenaires, des groupes militaires ou paramilitaires russes ou ukrainiens. Que savez-vous à ce sujet ?

HA : Hery Rajaonarimampianina a tellement de pouvoir et si peu d’influence ! Suite aux voyages à Moscou en Russie en mars dernier du Président et de quelques membres du gouvernement en compagnie du Conseiller Spécial Mbola Rajaonah. Après un road show économique et financier stérile pour le peuple malgache et très enrichissant pour le business, il aurait fallu à leur retour de Russie à Ivato faire ouvrir les bagages du multimillionnaire en euros Mbola Rajaonah, et là, vous auriez peut-être trouvé une surprise… des poupées russe à cagoule !!!

LGDI : A votre connaissance, les forces de l’ordre possèdent-elles les armes appropriées et la formation adéquate pour faire face à des émeutes ?

HA : Oui et non. Oui, ils en ont mais en très petite quantité et non, pas assez diversifié. Il en faudrait beaucoup plus pour un maintien de l’ordre malgré l’arrivage des palettes. Quant à la formation, elle est inefficace et visiblement inadéquat voire dangereuse pour les deux camps dans des situations de tensions. Peuple malgache, rappelez-vous le 26 juin les vitres anti-balles (haut blindage) qui valent une fortune, qui a payé tout cela ? Et pour quelle raison ?… Avec tout cet argent le Président aurait peut-être pu éviter le carnage du 21 avril en dotant les gendarmes et les policiers de matériel de défense non létale pour le maintien de l’ordre en toute sécurité pour tous…

LGDI : Dans votre seconde plainte, vous faites référence à des marchandises importées frauduleusement par palettes entières par un Conseiller ou un proche du Président de la République Malgache ? S’agit-il d’armes de guerre ?

HA : Je ne peux m’exprimer car le dossier est en cours d’instruction. Suite aux mises en causes de l’Etat malgache et de ses acolytes, il ne m’est toujours pas possible de rentrer dans les détails de l’instruction mais ce dossier très sensible ne restera pas dans l’Hexagone et poursuivra les accusés et leurs complices pendant de longues années.

LGDI : Quelles suites ont été données par la justice française, d’une part à vos deux plaintes et d’autre part, à la plainte des autorités malgaches à votre encontre ?

HA : Nous sommes déterminés de faire juger le gouvernement malgache ainsi que ses complices, auteurs de violations graves du droit international humanitaire…

Nous rappellerons volontiers :

– La déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948

– le Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966

– La Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme du 4 novembre 1950

Quant à l’action des autorités malgaches, mes avocats attendent de pied ferme la plainte.

LGDI : Quel est votre sentiment à propos du récent Arrêt de la Cour d’Appel Correctionnelle d’Antananarivo qui a confirmé votre condamnation prononcée en Première Instance ?

HA : Magouilles and Co ! Les criminels Vonjy, famille et consorts vont bientôt s’enfuir d’un pas honteux.

La juge Liva, qui a rendu l’Arrêt Correctionnel, est connue pour son manque d’intégrité. Mais avec moi, elle ne pourra pas se payer des vacances en France comme sa collègue et amie Josiane, avocate générale et ex-belle-mère de Vonjy. Car Madame la grande avocate générale Josiane surnommée le pitbull s’est récemment offert des vacances d’un mois à Paris dans un hôtel Place d’Italie (avion + hôtel et restaurants). Ce n’est pas avec sa rémunération officielle de juge qu’elle pu se payer ce voyage ? Je pense qu’elle a dû ramener des petites Tour Eiffel en cadeau à ses généreux donateurs, le  Conseiller Spécial Hervé et Vonjy and Family pour services rendus dans mon dossier (tour de passe-passe au tribunal dans mon dossier).

La juge Liva sera prochainement radiée de la magistrature car elle a vendu à mon épouse le double du dossier pénal émanant du parquet (certifié conforme original) pour la coquette de 7 millions d’Ariary, somme remise juste après ma dernière demande de liberté provisoire. Posez lui la question vous verrez ? Elle aussi, comme le gouvernement, sera peut-être « amnésique ».

Comment les malgaches peuvent-ils combattre ce fléau endémique de la corruption qui est plus destructeur que la peste ! Pour le peuple, l’aide de Dieu ne suffira plus. Il faudrait enjoindre la presse, les ONG et surtout leurs députés et sénateurs (quand ils ne sont pas corrompus). Il faut combattre sans relâche les dysfonctionnements et les agissements de certaines brebis galeuses au sein de la justice. Je rappelle au peuple malgache que je suis frappé d’un Apartheid judiciaire et gouvernementale sans limite. C’est devenu un business en bande organisée florissant à l’encontre des Vazahas à Madagascar. La justice ne juge plus les criminels comme elle le devrait car le mal n’est jamais que l’ignorance du bien mais par égard pour la raison et la justice, il ne faudrait pas leur pardonner. Les condamnations pénales internationales vont bientôt arrivées pour lui et ses acolytes et la vrai question à se poser aujourd’hui, à quand le coup d’état 2018 ? Mais en attendant aucun n’a fait de la prison mais il sont tous devenus après leurs mandats multimillionnaire en euros €. Il faut arrêter le cycle de l’impunité des présidents malgaches. L’élève Hery n’est pas passé maître, mais doyen. Il faut arrêter le cycle de l’impunité au détriment du bien-être des populations et remettre la justice au centre de la démocratie. Une nouvelle classe politique doit voir le jour à Madagascar et cela passera peut-être par une femme qui aura des valeurs de probité, de morale et le sens de l’intérêt général. Il faut en finir avec les dirigeants malgaches kleptocrates. Selon l’Union Européenne, «les actifs africains volés et détenus dans des comptes en banque à l’étranger équivalent à plus de la moitié de la dette externe du continent »  La restitution des avoirs volés par les seuls chefs d’Etat des pays du Sud pourrait atteindre 200 milliards de dollars. L’Aide Publique au Développement (APD) mondiale s’élevait quant à elle à 106 milliards de dollars. À tous nos amis présidents malgaches ! Combien ont-ils oublié de rendre au peuple, avant de partir du pouvoir ?

Paris, le 30 avril 2018

NDRL : Ce témoigne d’Houcine Arfa est particulièrement intéressant en ce qui concerne l’utilisation excessive des armes à feu par les forces de l’ordre lors du carnage du 21 avril 2018.

 

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