L’état désastreux des conditions Carcérales à Madagascar par Maitre Olivia Rajerison

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L’une des causes de la surpopulation carcérale réside dans la délivrance « facile » d’un mandat de dépôt au niveau du tribunal. Environ la moitié des détenus ne sont que prévenus. Pourtant, les dispositions de l’article 333 du code Pénal malgache prévoient que : « la détention préventive n’est  qu’une mesure exceptionnelle ».

Faisant récemment l’objet de polémiques dans les médias et réseaux sociaux, les conditions de détention dans les prisons de Madagascar font frémir d’horreur. Des images insoutenables de détenus presque entassés les uns sur les autres à même le sol ont suscité beaucoup de réactions et de remises en question de la fonction la sanction et de l’évolution du  monde carcéral dans une société à la pauvreté endémique.

La quasi-totalité des maisons d’arrêt sont situées en plein ville à Madagascar suivant un plan d’urbanisme conçu sous la colonisation, ce qui ne correspond plus à l’accroissement du nombre de détenus jusqu’à ce jour. En conséquence, les prisons sont devenues vétustes et délabrées. Dans leur état actuel, ces établissements sont fonctionnellement inadaptés aux régimes de détention. Le sureffectif est un problème crucial. La prison d’Antanimora bâtie en 1947, par exemple, a été conçue pour 800 détenus, or elle en contient aujourd’hui plus de 2800. La prison de Majunga connait un surpeuplement de plus de 610 détenus si elle n’est prévue n’en abriter que 300. Celle de Moramanga entasse plus de 300 personnes détenues bien qu’elle ait été conçue pour 90 reclus. La maison de force de Tsiafahy est prévue pour 200 détenus mais elle en contient actuellement plus de 700.

Concernant l’état des lieux, l’espace carcéral est ainsi très étroit : les détenus dorment à plusieurs dans les chambres. La superficie par personnes détenue n’est que 0,90m², ce qui est loin de respecter des 2m² par personne requis par le Comité International de la Croix Rouge. A Antanimora, des transactions se font parfois entre prisonniers pour la « vente » d’espace nécessaire pour dormir. A Fianarantsoa, faute de place suffisante, il arrive que les prisonniers dorment à tour de rôle : la moitié de l’effectif reste accroupie pendant la première partie de la nuit e ce n’est qu’à la deuxième partie de la nuit que l relève leur cède la place pour qu’elle puisse dormir à son tour.

Les conditions d’hygiène sont pour le moins déplorables : insuffisance d’installation de douches et des latrines, manque de désinsectisation et de déparasitage, manque d’évacuation d’eaux sales, délabrement des chambres de détention, problème persistant de l’accès à l’eau potable. Il est également à déplorer l(insuffisance de cubage d’air et de ventilation et le manque de matériels de couchage car la literie se réduit à des bat-flancs. Tous les équipements reviennent à la charge de la famille des détenus puisque l’administration pénitentiaire ne peut satisfaire aux besoins de ces derniers.

Enfin, sur le plan sanitaire, la maison centrale d’Antanimora par exemple dispose d’une salle d’admission pour les maladies générales et d’une salle destinées aux tuberculeux. Pourtant, le nombre de médecins en place ne suffit pas pour assurer le suivi sanitaire des personnes détenues dans l’unique salle d’infirmerie si bien que la norme qui devrait être adoptée, à savoir une consultation hebdomadaire par détenu, est vraiment loin d’être assurée. Quant à la nourriture, la ration est essentiellement constituée de manioc et ne peut pas couvrir les besoins nutritionnels de base.

Les effets néfastes sur la santé physique des détenus dus à ces conditions sont la transmission des maladies infectieuses. Le paludisme reste une des maladies fréquentes dans les centres de détention après la tuberculose ; les troubles digestifs, les infections bucco-dentaires et respiratoires aigües.

L’une des causes de la surpopulation carcérale réside dans la délivrance « facile » d’un mandat de dépôt au niveau du tribunal. Environ la moitié des détenus ne sont que prévenus. Pourtant, les dispositions de l’article 333 du code Pénal malgache prévoient que : « la détention préventive n’est  qu’une mesure exceptionnelle ».

 

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